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Il ne s’agit pas ici de retracer l’histoire du samba : les informations sont trop nombreuses, contradictoires et disséminées pour être réunies ici. Néanmoins, il nous semble important de permettre à l’internaute de se faire une idée sur la question. Vous trouverez ici une histoire de l’esclavage au Brésil, du Samba et du Samba-Reggae. Merci à Boris Lemare pour ses précieuses, nombreuses et éclairées contributions. ESCLAVAGE L’importation d’esclaves africains au Brésil est attestée de 1538 à 1850. L’esclavage y fut aboli en 1888. Ils furent entre 4 et 5 millions à être ainsi déportés, en ne comptant que ceux qui survivaient au voyage. Les esclaves étaient originaires de trois grands groupes : - Les Soudanais : peuples Yoruba, Fon, Ewe, Ashanru venant du Nigéria, du Bénin et du Ghana. - Les Bantous venant d’Angola, du Zaïre et du Mozambique. - Les Musulmans de Guinée-Soudan : peuples Tapas, Mandingues, Falahs et Hausa venant du Nigéria et ses environs.
La carte ci-contre vous montre de façon sommaire les principaux flux de cette déportation. Les origines, importances et destinations ont varié entre le 15ème et le 19ème siècle. Le Brésil est probablement le pays où les cultures africaines sont les plus présentes en dehors de l'Afrique elle-même. La survivance des cultures africaines est due en grande partie au fait que les esclaves pouvaient se regrouper notamment dans les villes où ils côtoyaient les affranchis, dans les Irmandades : confréries d’entraide mutuelle catholiques laïques (c’est à dire qui n’est pas sous la tutelle de l’Eglise) ou dans les Quilombos : campements d’esclaves révoltés, en fuite à l’intérieur du Brésil. La relative tolérance des portugais envers ces cultures a aussi dû jouer un rôle dans cette survivance. Cet héritage culturel se retrouve dans la langue, la cuisine, les pratiques religieuses et, bien sûr, la musique et la danse. Musique et religions sont d'ailleurs très liées (le même mot désignant parfois le rythme et le rite). Malgré le racisme et l’Eglise catholique, les religions africaines, principalement la religion Yoruba, ont survécu et évolué sous forme de cultes et rituels clandestins, mais aussi grâce au syncrétisme : les divinités yorubas (les Orixas) étant assimilées aux saints catholiques pour être célébrées sous cette nouvelle forme. Ces religions, qui comptent encore aujourd’hui une centaine de millions de pratiquants en Amérique Latine, sont depuis des milliers d’années transmises par l’oral, la musique et la danse. Parmi ces cultes, on peut noter le Candomblé, un des plus pratiqués et des plus proches des cultes religieux d’Afrique de l’Ouest et dans lequel on trouve l’Afoxé, rythme joué entre autres par les Filhos de Gandhi. Naîtront de ces cultes des formes musicales telles que le jongo, l’aluja, la clave cheval-bois, le lundu, le maracatu, le samba… SAMBA Et oui ! En portugais « samba » est masculin, certaines personnes en France (généralement celle qui se sont plongées dans la culture brésilienne) parlent au masculin de la musique et concèdent le féminin quand on parle de la danse. Le mot « samba » reste un mystère et les hypothèses sur son origine sont nombreuses. Certains pensent qu’il vient de la langue Quimbundo (langue Bantou de ce qui est maintenant l’Angola) où « semba » désignerait un « coup du nombril ». Dans le Lundu, danse et musique jugées « lascives et indécentes » au 18ème et 19ème, on retrouve l’umbigada, mouvement classique des danses afro-brésiliennes où les danseurs se touchent les nombrils en guise d’invitation à la danse. Musique brésilienne par excellence, les caractéristiques du samba témoignent de ses origines et du mélange de cultures dont il est le produit. Le rythme binaire et certains instruments (atabaque, berimbao, cuica, agogo) proviennent des esclaves angolais et béninois. A cela s’ajoute l’influence du Portugal au travers de la langue et de l’utilisation du pandeiro et plus généralement celle de l’Europe avec la caisse claire. Enfin, certains instruments sont inspirés des cultures indigènes d’Amérique du Sud. D’autres instruments, essentiellement ceux en fer blanc, ont été créés sur place : repique, surdo, tamborim. Traditionnellement, le samba est écrit à deux temps, mais il est clair pour la plupart des musiciens aujourd’hui qu’il faut le penser à quatre. On accentue le deuxième temps avec les sons graves ce qui a pour effet de créer un balancement. A cela s’ajoute un débit irrégulier de doubles croches. Cette figure rythmique reconnue comme « innécrivable » se retrouve notamment dans la musique nord africaine. Il existe plusieurs types de sambas. Le samba batucada joué uniquement avec des percussions. Le samba enredo est composé par les écoles de samba (Rio et São Paulo) chaque année pour le carnaval. Se superposent aux percussions un accompagnement au cavaquinho (petite guitare à quatre cordes), une mélodie chantée et des chœurs en portugais. 
L'école de Samba de Rio de Janeiro : Mangueira au carnaval 2006 Il existe aussi le samba funk, le samba de break, le samba pagode, tant d’autres… et bien sûr le samba reggae ! SAMBA-REGGAE Salvador da Bahia, dans le Nordeste du Brésil est décrite comme la ville la plus noire en dehors de l’Afrique. Dans cette cité les classes aisées et les gouvernants sont presque exclusivement blancs et les Blocos-Afro (groupes de percussions déambulatoires) sont les ensembles musicaux qui ont mis en valeur la culture afro-brésilienne. Dans les années 70, la fierté afro-brésilienne est galvanisée par la popularité des stars du reggae : Bob Marley, Peter Tosh, Jimmy Cliff. La population bahianaise se reconnaîtra dans leurs textes, engagés contre le racisme et la corruption. Comme toujours au Brésil, le Reggae sera intégré, malaxé et mixé avec les musiques locales pour faire naître le Samba-Reggae. Aujourd’hui, le Samba-Reggae, sous la forme où nous le jouons, rythme le Carnaval de Salvador durant six jours. Tantôt joué par des enfants, tantôt uniquement par des femmes (Projeto Didà), il accompagne des danseurs types capoeiristas, voire, des chanteurs postés sur d’immenses camions dont les parois sont recouvertes d’enceintes. Musique de rue par excellence, le Samba-Reggae fait l’effet d’un train fou mu au son des tambours et lancé sur les rails de la fête. Les Filhos de Gandhi Les Filhos de Gandhi ne sont pas à proprement parlé un groupe de samba reggae, mais c’est cette formation créée en 1949 qui a permis la réhabilitation de la culture noire à Bahia. C’est leur approche non-violente et l’utilisation du nom de Gandhi qui leur donnèrent une certaine respectabilité aux yeux des autorités et qui leur permirent ainsi de défiler durant le carnaval l’année de leur création, ouvrant ainsi la voix aux blocos afros quelques décennies plus tard. Les Filhos de Gandhi défilent en blanc et bleu au son d’une musique appelée Ijexa tirée des rites du Candomblé. Gilberto Gil a beaucoup fait pour la popularité de cette troupe qui est aujourd’hui une des institutions les plus respectées à Bahia. D’une centaine de membres en 1949, ils défilent aujourd’hui à plus de 12000 durant le carnaval !  Les Filhos de Gandhi, vraisemblablement au cours du Carnaval 2004 Ilê Aiyê En 1974, Ilê Ayiê voit le jour. Ce groupe revendique sa négritude en excluant systématiquement les blancs et les métis. A l’époque, revendiquer sa négritude laissait les autorités perplexes. Leur premier défilé s’est d’ailleurs déroulé dans la confusion : le public demandant aux musiciens s’ils étaient un bloco ou une manifestation de protestation. C’est néanmoins Ilê Aiyê qui a posé les bases de ce qu’est aujourd’hui le samba reggae en transposant les rythmes des afoxés sur les instruments de samba. Des musiciens d'Ilê Aiyê
Olodum Olodum, initialement dirigé par Neguinho do Samba est souvent considéré comme l’inventeur du samba reggae. En 1980, au cœur même du Pelourinho, le groupe voit le jour. Au milieu des années 80, Neguinho transpose les parties de guitare du reggae au repique, ralentit le tempo. La pulsation des gros surdos est solide et posée. Les caisses claires dynamisent l’ensemble avec un phrase répétitive et nerveuse. Enfin, les surdos les plus petits imposent un contre chant transcendant. Olodum dans le Pelo(urinho) Pour entendre du Samba-Reggae, écoutez ces albums Paul Simon « The rythm of the Saints » Gilberto Gil « Refavela » Mickael Jackson : « They don’t care about us » Daniela Mercury : « Musica de Rua » les albums d’Olodum, Ara Ketu, Carlinhos Brown… Pour en savoir plus sur l’histoire des musiques brésiliennes, un ouvrage de référence : « Le son du Brésil » (de Chris Mac Gowan et Ricardo Pessanha, éditions Lusophone et ViaMedia 2000).
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